Lorsque l’on parle du capitalisme, non pas comme un système théorique abstrait, mais comme une réalité politique, économique et sociale concrète dans différents pays capitalistes, la responsabilité des problèmes observés est souvent attribuée au système lui-même. Ayant grandi dans un contexte entièrement différent, celui du socialisme, je ne peux m’empêcher de remarquer la présence de problématiques étonnamment similaires malgré un cadre idéologique officiellement opposé.

L’écart extrême entre les personnes puissantes et les populations marginalisées, l’inflation, une économie inefficace, le népotisme, l’exploitation ou encore la corruption existent également dans des systèmes qui, en théorie, prétendent fonctionner autrement. Cette observation m’amène à penser que ces dérives ne sont pas uniquement le résultat d’un système donné, mais plutôt de la manière dont les systèmes sont appliqués dans le monde réel, à travers des comportements humains, des structures de pouvoir et des attitudes mentales qui tendent à se reproduire.

Je crois qu’aucun système théorique ne peut être adopté dans sa forme « pure » dans la réalité. Au contraire, les systèmes sont nécessairement déformés, combinés et adaptés, souvent au détriment de leurs principes initiaux. Mon animation cherche à montrer que si les systèmes et les symboles idéologiques peuvent changer, les mécanismes humains responsables de leurs échecs persistent.

Pour cela, j’ai utilisé deux affiches de propagande emblématiques : Uncle Sam Wants You (1917) de J. M. Flagg, représentant les États-Unis et le capitalisme, et T’es-tu porté volontaire ? (1920) de Dmitry Moor, représentant l’URSS et le socialisme. Les figures se substituent l’une à l’autre, tandis que les mots associés aux dérives du pouvoir demeurent inchangés.

Sur le plan typographique, j’ai utilisé la police Konstruktor, que j’ai créée à partir des formes typographiques des affiches constructivistes des années 1920, notamment celles d’Alexandre Rodtchenko. Ce choix renforce le lien avec l’esthétique de la propagande et soutient le propos critique de la visualisation.